Au royaume du pauvre – Myriam REMBAUT – 2022 – Ed. Ex Aequo

Quatrième de couverture

La pauvreté, ce n’est pas qu’un porte-monnaie vide. C’est un état qui se vit douloureusement, jour après jour, dans la tête et dans sa chair. La pauvreté, ce n’est pas aimer l’oisiveté. C’est passer des journées entières dans les administrations, à remplir sans cesse les mêmes dossiers, pour quémander de quoi survivre à des fonctionnaires payés pour à peine vous écouter. La pauvreté, c’est avoir des rêves, comme les autres, mais jamais aucun moyen pour le faire…

Myriam Rembaut a connu l’extrême pauvreté. Elle n’était ni traîne-savate, ni feignante, ni profiteuse… Elle était journaliste, confortablement installée dans la vie, et qui s’élevait, lorsqu’il le fallait, contre l’insupportable et pérenne pauvreté dans notre monde… mais sans se douter une seconde de l’extraordinaire violence qui l’accompagne ! La seule manière de faire comprendre les choses est parfois de se mettre à nu… Ce qu’elle fait dans le récit de sa chute, avec l’immense espoir d’éveiller un autre regard sur les pauvres, les démunis que notre société d’aujourd’hui méprise.

Chronique

La pauvreté. Un mot qui fait peur. Qui stigmatise et met dans l’embarras. Qui vous montre, pas discrètement, du doigt. A notre époque, les gens « bien intentionnés » pensent que ce choix est fait par paresse. De toute façon, les pauvres vivent des aides de l’Etat et gagnent beaucoup plus qu’un gentil travailleur. C’est connu. La pauvreté bouleverse des vies et, pas forcément dans le bon sens du terme. Le chacun pour soi actuel fait que l’entourage, les amis et parfois la famille se la représente comme une maladie contagieuse. Une lèpre qui fait que les gens changent de trottoir en se pinçant le nez et en regardant, avec insistance, le bout de leurs chaussures. N’ayez crainte, bonnes âmes, le pauvre, de lui-même, se met en retrait, par pudeur, par honte de sa nouvelle situation sociale. Il accepte le vide abyssale qui se crée autour de lui autour de lui. Les accidents de la vie sont pour tous.

La plongée dans la pauvreté se fait avec une violente rapidité. L’auteure décrit bien cet étau qui se referme sur la personne, laissant place à de fausses portes de secours. C’est une longue descente en enfer qui permet d’éprouver la force de l’amitié, l’éloignement de tout le monde et la stigmatisation. Ce récit est fort, tout en pudeur. La pauvreté devient une identité, une seconde peau. Elle vous offre un anonymat, même au sein des structures sensée aider. La description des galères est d’une telle véracité qu’elle interpelle le lecteur. Que l’on se doute que l’auteure a connu cette situation. Cette dernière nous démontre que la pauvreté n’est pas un choix. Elle peut arriver à tout un chacun, sans prévenir. Et, surtout, quelle n’est pas contagieuse.

Ce roman est écrit avec beaucoup de pudeur, bien qu’il fasse gronder en tout humain, une très vive colère, du fait des portes qui se ferment. L’écriture est belle, franche, dans un style humoristique bien que le sujet évoqué soit très dur et d’une grande actualité. Ce roman rend sa dignité au pauvre. J’espère qu’il fera taire les mauvaises langues et leur fera comprendre qu’il s’agit d’une lutte de tous les instants pour garder la tête hors de l’eau. Ce livre permettra, peut-être d’arrêter de stigmatiser ces personnes. Il permettra peut-être de faire comprendre que la pauvreté est un état de fait. C’est un livre qui prend au cœur et qui fait beaucoup réfléchir.

Note 18/20

9791038804746   Ex Aequo Coll. Rézonance   116 p.   11€

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