Quatrième de couverture
Une mère de famille se jette sous un TGV. Telle est l’annonce de la Nouvelle République, journal local d’Indre et Loire le 6 mars 1995. Je suis le fils de la désespérée, écrit Raphaël Cuvier. Des années plus tard, il tente recoller les morceaux dans sa mémoire fracassée. Etant père à son tour, il comprend peu à peu les incapacités de cette femme avec qui il a partagé des moments de vie aussi fugaces qu’intenses. J’apprends à lui pardonner cet abandon. Par cette phrase, très belle, l’auteur nous fait entrer dans son histoire personnelle. Il ne doute pas que sa mère aimait ses enfants mais son mal-être entravait cet amour. Il lui arrivait de les oublier, comme lorsqu’ils se retrouvent seuls sur une plage. Elle ne supportait pas la déchéance sociale progressive de son mari, ni la dureté de ses propres parents qui la traitaient d’incapable. Quant aux médecins, ils n’ont pas réussi à la guérir. Bientôt, de plus en plus débordée par ce qu’elle appelle sa maladie, elle n’assume plus rien. Lorsqu’elle part pour en finir, elle ne prévient personne et les enfants l’attendent. Elle s’éloigne. Elle s’éloigne du monde. Elle s’éloigne de son fils. Elle s’éloigne de la vie.
Mon Avis

Démourir. Faire démourir une personne. Je trouve cela beau. Pudique. Plein d’émotion. D’amour. Comment peut-on faire démourir une personne? C’est un cri du cœur. Un cri d’amour. Pour sa mère. L’auteur nous raconte sa mère. Une mère aimante. Une mère morte. Comment parler de la personne qu’on a aimé? Où trouver les mots qui donneront un récit fidèle aux souvenirs? Ces souvenirs d’enfant sont-ils fidèles à la réalité? Elle s’éloigne. De qui? De quoi? Oui, pour le reste du monde, elle est un fait divers. Elle est cette femme qui s’est jetée sous le train. C’est sa mère! Plutôt, c’était sa mère! Elle l’a aimé, ainsi que son frère et sa sœur. À sa manière. Qui était-elle? Qu’elle a été sa vie? À quel moment a-t-elle commencé à s’éloigner?
Ce roman est d’une beauté sublime. La beauté d’un enfant qui, sans s’en rendre compte, décrit son amour pour cette femme qui fut, un temps, un fait divers pour les autres. Son amour lui fait rechercher les mots qui seront fidèles à son vécu. Qui seront fidèles au portrait d’une femme qui a aimé. Qui a ri. Qui avait l’âme brisée. Une femme à qui il donnait tous les torts. À la lumière de sa propre paternité, il comprend. Il la comprend. Il se rend compte. Elle était une mère comme les autres. Une mère qui les a élevés comme elle a pu. Les mots sont d’une grande beauté. À la hauteur de cet amour reçu. Ce récit est fait de pudeur. De tendresse. D’hésitation. D’inquiétude aussi. L’inquiétude de réussir à rester fidèle aux souvenirs. Ce n’est pas facile.
Quelques lignes dans un journal. Le ton est d’une neutralité professionnelle. Un suicide à la gare. C’est une femme. C’était une mère douce. Aimante. Perdue. Malade du manque d’amour parental. C’était une mère. Une épouse. Une fille de. Elle souffrait. Profondément. Discrètement. Elle souffrait de désamour parental. Alors, l’auteur a décidé de la faire démourir. Un mot fort, chargé d’amour. Un mot qui anéantit le fait qu’elle s’éloigne. Malgré l’amour éprouvé pour ses enfants, elle s’est éloignée. Tout doucement. Mais sûrement. Elle a reculé avec sa maladie. Vers un départ violent. Définitif. Laissant une famille dans l’incompréhension. Le désespoir. De cet éloignement, est né le cri d’amour de son fils, devenu père. Elle n’était pas une femme qui s’était jetée sous le train. Elle était sa mère. Et il l’aimait.
9782490580170 Ed. Le chant des voyelles 118 p. 15€

