On a brûlé les ruches blanches – Bénédicte Heim – Ed. Et le bruit de ses talons

Quatrième de couverture

Pourquoi, face à elle, la sensation me revient d’être un débris de fille ou de femme ? Une violence océanique dans la poitrine, un soulèvement monstre. Dans la bouche, un goût de métal, de sel et de neige carbonique. Le cerveau incendié, le corps en vrac, azimuté, une horreur meurtrière, absolue, pour les mains qui feuillettent mon corps. J’insulte le ciel et Dieu, je porte un masque de loup, je ne compte plus les tangentes prises, je veux dépecer presque tous les hommes qui m’entourent et certaines femmes. Mon corps est un poids diaphane, une présence froide. Il y a trop d’enclumes encore, sur ma poitrine, d’enclumes de chair que je veux pulvériser. Je veux des océans de temps sans hommes qui me pressent et pèsent leur éternité sur moi. Je vise le fier feu futur dont la flambée se profile. Je déteste souverainement. Je suis en état de guerre et en régime d’exception. Je dégage une odeur de tapin et de bête presque crevée mais je me relèverai. Une lampe à haute tension brûle dans mes fibres, mon corps est une mesure d’urgence, un plan d’évacuation. Je suis un ciel en flammes, un baiser de sorcière, je déferle dans les nuits de cristal et personne ne me voit. Personne ne sait le triangle de lumière dangereuse qui s’allume sous ma peau quand on me touche. Je ne sais pas ce que disent les cristaux qui crépitent sous mon sein. Rien n’est réparé.

Chronique

Deux femmes face à face. Face à elles-mêmes. Unies dans la confidence. Qui est cette femme qui se confie? Pourquoi cette confession? Chacune a quelque chose qui remplit sa vie. Quand j’ai refermé ce livre, j’ai eu le regard dans le vague pendant un long moment, perdue dans des souvenirs. Souvenirs d’enfants côtoyés dans mon ancienne vie de soignante. Des enfants que nous ne pouvions pas serrer dans nos bras en cas de gros chagrin. De peur de les briser. A cause d’une maladie rare: la maladie de verre. Une maladie décrite avec des mots si forts, si poétiques, que cela fait mal de les lire.

On a brûlé les ruches blanches est l’histoire d’un contraste entre le récit de deux femmes. L’une forte de fragilité et l’autre qui raconte des enfants fragiles dans leur force de vie. L’histoire du regard d’une femme sur des enfants espiègles qu’elle connait profondément. Sur des enfants auxquels elle s’est attachée. Un regard plein de tendresse, de douceur. Pas de pitié, mais de la compréhension. De la peur. Une peur qu’éprouvent tous ceux qui les côtoient: celle de rajouter une fracture à celles qui existent déjà. De faire mal. Des enfants comme les autres. Ou presque. Avec les mêmes rêves. Les mêmes éclats de rire. Les mêmes douleurs… Dans une ambiance feutrée, nous avançons dans ce récit à deux voix. L’une parle de force, d’avenir. Elle est une femme dont le corps se butine avec passion. Avec force. L’autre narre des destins incertains. Des destins hypothétiques. Des destins d’enfants mille fois brisés. Au propre comme au figuré. Des corps burinés par la maladie. Par l’innocence trop tôt perdue.  Des enfants dont le corps s’érode dans la douleur. Dans le silence. Dans les larmes retenues. Dans une forte fragilité qui s’émiette au son des chocs et des craquements. Une douleur qui se brise. En silence.

Avec une écriture riche, forte, poétique, nous découvrons des vies. Des rêves. Des personnalités. Une écriture d’un grand réalisme. Les mots font battre le cœur  et prennent aux tripes tant l’innocence de ces enfants est belle. Tant leur souffrance est présente. Oubliée. Tue. Annihilée par leurs rires d’enfant. Par leurs blagues. Leur humour d’enfants grandis trop vite. Responsables trop tôt. Bien portants. En apparence. Des mots qui nous font voyager avec force. Avec humour. Des mots qui nous parlent et nous font trembler dans cet univers de fragilité. Un univers où la normalité mendie sa place sans trop y croire. Des vies d’enfants particuliers. Au destin peut-être éphémère. Des vies racontées avec douceur. Avec acuité. Avec humour. En toute modestie. Un régal. Un vrai délice. Beaucoup d’émotions.

Note 19/20

9782379120008   Editions Et le bruit de ses talons    276 p.   20€

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