Quatrième de couverture
« Bonjour, Écriture juste. Juste l’écriture. Sèche. Brute. Logorrhée libre, tendue, inéluctable. Poignante. Sombre. Une poigne qui vous happe. Juste dans l’observation sociale. Une dureté, une violence dans la description du monde et des gens qui fait du bien à lire. Un rythme, une musicalité qui coupent le souffle. Écriture juste, dense. Juste dense. Écriture hypnotique. Pas d’artifice mais du feu. Pas de truc. Aride pour dire le mal-être. Une introspection sans fard. Pensées en boucle. On pourrait presque supprimer les points. « Le dedans c’est à soi. Rien qu’à soi. Ça ne regarde personne le dedans. Dans les livres si peut-être, mais pas dans les toilettes ». L’émotion vient des mots jetés. Un déversoir à pensées. Ne pas s’arrêter pour ne pas penser qu’on n’a rien à penser. « Seulement un vide à raconter. Rien d’autre ». L’emprise est là, poignante. Sans même être évoquée. Voilà. »
Chronique
Ecrire, c’est hurler au monde ce que l’on a au fond de soi. Eh bien, le héros, s’il en est, n’a pas besoin d’écrire. Ses mots, il les crache. Il les murmure méchamment entre ses dents. Il les hurle silencieusement à lui-même. Le monde est à sa portée, mais, pas comme il le devrait, selon cet homme maussade. Cet individu qui se vautre dans son anonymat. Le monde et tout ce qui l’entoure vaut mieux que lui. Et il sait de quoi il parle. Un mal-être humain, social. Il fait partie de la fange sociale. Celle que personne ne veut voir. Celle cachée, enfermée dans des quartiers anonymes, vivant chichement et se suffisant de ce peu qu’elle réussit à grapiller aux aides sociales. Lui, n’en veut plus. Il se sait meilleur que tous ces ratés. Il sait qu’il est pire qu’eux, voire comme eux.
Il faut s’aimer pour que les gens vous aiment. Eh bien, lui ne s’aime pas. Cela ne le dérange pas que les autres l’ignorent. Est-ce qu’ils l’aiment? Il ne s’en formalise pas et se fiche bien de ce qui peut être dit ou pensé à son sujet. Lui, il est un moins que rien. Un misérable qui ne mérite pas que l’on s’y attarde. Malgré cela, il rêve de rencontres, d’amour et de reconnaissance. Il les jetterait à la face du monde. Méprisant. Suffisant. Teigneux. Haineux. Tel qu’il l’est vraiment, en ce moment, face à sa propre vie. Face à son vécu misérable. Il ne s’autorise pas à vivre comme les autres. Le temps glisse sur sa vie. Dans une sournoise et mortelle indifférence. Le temps passe sur sa vie amère. Il ne cherche pas à l’arrêter. Il ne cherche pas à la marquer de son existence profondément inexistante.
C’est un roman qui perturbe, dans le bon sens du terme, dès les premiers mots. C’est un roman dont le héros ne se nomme pas tant il se sent comme « une sous merde« . Il semble être là presque par hasard. Juste parce qu’il se sent différent, sans en être sûr. Sans même y croire. Les mots sont comme la pensée, la vie de cet homme. Hachés, durs, violents. En silence. Au fond de lui. Cet homme pétri de violence contenue est né de cette violence, dans la haine, dans les coups. Il est de la race des perdants. Et il le sait. Ses parents le lui ont rabaché, à coups de claques, durant toute sa jeune vie. Le style est mordant. Sec. Les mots s’écrasent, s’entassent, s’envolent, se vomissent sur la feuille. Des mots qui n’ont aucun désir d’être. Reflets de cet homme insignifiant. Invisible. Inconsistant. Inexistant. Sans personnalité. Incapable de prendre une décision claire et nette. Cet être pour qui l’autre n’est personne. Cependant, il faut se méfier de l’eau qui dort.
Note 18/20
9782930582894 Ed. du Basson 118 p. 16€

