47 jours – Emmanuel BOURCELET- 2017 – Ed. Fondencre

Quatrième de couverture

1994, le XXe siècle chemine vers son terme, osant à peine contempler le cortège d’horreurs autodestructrices qui jalonnent son parcours. Et voilà que le génocide des Tutsis vient le conclure d’un point d’orgue. Roseline, lycéenne de 17 ans, est l’une des premières victimes. Blessée, elle survit pendant 47 jours dans un charnier de la région de Kibuye. Au-delà de l’horreur qui l’entoure, Roseline nous confie, dans le survol de sa vie brève mais intense, ses sentiments, ses rêves, son insondable perplexité face à l’indicible, mais aussi ses visions poétiques et sa spiritualité.

Chronique

Le président rwandais, Habyarimana, est mort dans un accident d’avion. Il y a plus de deux décennies. En entendant cette nouvelle, personne ne s’attendait à ce qui allait suivre. Ce qui allait marquer le monde par tant de cruauté gratuite : le massacre des Tutsis (surnommés les cafards) par les Hutus. Massacre qui a plongé le monde dans l’incompréhension.  Dans l’horreur. Il y eut de nombreux témoignages de survivants en fuite à travers le monde ou qui sont restés dans leur pays. La vie a repris son cours. Mais, les mémoires n’ont pas oublié. Les corps non plus. Qui peut oublier les violences à l’état brut? Qui peut oublier l’image de sa famille violentée et décimée? Ainsi que les appels au massacre lancés par les média? Roseline a vécu ce cauchemar. Elle raconte l’horreur vécue de l’intérieur.

Cette histoire est basée sur des faits réels. C’est le récit d’une jeune femme qui n’a pas oublié. Une jeune femme violemment marquée dans sa chair, dans la disparition de sa fratrie, massacrée sous ses yeux. La terre, les eaux n’ont pu absorber tout ce sang versé. Le ciel n’a pu étouffer tous les cris. Mais, l’homme a pu étouffer toute velléité de survie. Juste des cris, des coups, des pleurs, des ordres. Puis, le silence. Mortel. Puis, les rires. Vainqueurs. Peut-on parler de vainqueurs quand des machettes, des fusils ont ôté toute vie, faisant fi de l’âge et du sexe et ne s’appuyant que sur l’ethnie? Entre évanouissements, rêves, prises de conscience, Roseline s’accroche à un filet de vie. Surtout faire la morte. Ne pas bouger. Se nourrir de tout ce qui est à portée de bouche. Boire l’eau de pluie. Il faut survivre pour raconter. Surtout, il ne faut faire confiance à personne. Même pas à ces soldats étrangers qui sont là pour « nettoyer » les lieux. 

C’est une entrée de plein pied dans l’horreur, que fait le lecteur. Ces horreurs sont des faits réels. Entre prose, discours, poésie et pièce de théâtre, le pays devient une grande scène de mort. Les mots sont forts et fracassent les mémoires. Le lecteur fait une plongée abyssale dans l’horreur. A partir de faits réels, l’auteur nous fait vivre le cauchemar de ce massacre, à travers les yeux d’une mourante, d’une survivante : Roseline. L’humain a laissé libre cours à sa sauvagerie, dans l’indifférence générale. La terre s’est gavée de sang jusqu’à plus soif. Des centaines de milliers de personnes sont abattues dans un silence abyssal. Pendant quarante sept jours et autant de nuits, la Mort a régné en maître. Roseline souffre en silence. Va-t-elle s’en sortir? Que dire quand son voisin, son ami d’enfance prend part au massacre? Quand les journaux télévisés abordent en filigrane ces massacres? Quand l’armée étrangère fait l’autruche? L’extinction d’un peuple est en marche. En silence. Dans une indifférence totale.

Note 19/20

9791092583175      Ed. Fondencre    110 p.    15€

 

Laisser un commentaire