Elle s’appelait Delphine – Gül ILBAY – 2022 – Ed. L’harmattan

Quatrième de couverture

Gül ILBAY nous met en face d’une population immigrée qui s’attache de plus en plus à la couleur locale de sa culture d’origine, et qui, faute de moyens d’accès à celle du pays d’accueil, désire renforcer la structure de ses rituels ancestraux. Ce roman propose à son lectorat de déchiffrer réalité et fiction à travers des personnages dont les aventures entrecroisées, correspondent à la réalité de la stratégie matrimoniale de l’immigration en Europe. Les aspirations, les contraintes des traditions et des cultures que subissent les héros de ce roman, nous conduisent vers un voyage entre deux espaces : la Turquie et la France; entre deux villes : Zonguldak, ville minière au bord de la mer Noire et Metz en Lorraine. Les femmes immigrées, piégées dans leur propre condition, nous révèlent à travers leur vie, les termes d’une subordination plus générale. Les récits des personnes qui au prix de douleurs, voguent entre lieux, mœurs, sentiments et passions, confèrent à ce roman son caractère singulièrement attachant.

Mon Avis

La Turquie, son paysage de carte postale, ses traditions désuètes, Ses femmes couvées par les coutumes étouffantes. Être femme, épouse et mère peut s’avérer être une sorte de malédiction. Surtout quand la tradition se pose comme une chape de plomb, sur les épaules des femmes. Dans ce roman, elles sont fortes, abandonnées, esseulées. Elles se battent, avec courage, pour l’avenir de leurs enfants. Elles sont souvent résilientes sous des cieux qui leur sont étrangers. Elles plantent de nouvelles racines, malgré les difficultés linguistiques, territoriales. Elles ont rêvé d’un avenir, mais la vie et ses difficultés les ont poussées à les revoir à la baisse. Elles continuent à se battre malgré tout.

À travers le récit sur la vie de ces femmes, l’auteur nous montre les difficultés d’intégration. Les raisons qui les ont poussées à l’exil. Le récit est fait sur trois générations de femmes. Certaines se battent pour adhérer aux particularités des pays d’accueil. D’autres ont baissé les bras, pour différentes raisons. Toutes font face aux difficultés quotidiennes dans un pays dont elles ignorent la plupart des codes. Ce qui leur tient à cœur, c’est l’avenir de leurs enfants. Même si leur vie est plus agréable qu’au village, elles doivent faire face à de nombreuses difficultés sur leur terre d’accueil.

Okan, le fils de Nuriye, est aussi un déraciné. Sa rencontre et son amour pour Denise, une française, facilite son adaptation dans son pays d’accueil. Les traditions turques se rappellent à son bon souvenir, par le biais de sa mère. Il doit choisir entre ses racines et son pays d’accueil. Que veut sa mère, longtemps abandonnée par son époux? Comment manipulera-t-elle le destin de son fils? Et Delphine, dans tout cela? Bien qu’elles n’aient connu que la souffrance, le manque de l’être cher et l’abandon, ces femmes restent définitivement ancrées à leurs traditions. Des traditions qui les réconfortent dans ce pays d’accueil. Ces traditions qu’elles maîtrisent mieux que celles de la France, ne les empêche pas de s’accrocher à ce qui leur reste de leurs racines. Okan et Denise accepteront-ils le poids des traditions?  Que deviendront-ils?

 

9782140315510   Ed. L’harmattan Coll. Regards Turcs   192 p.   19€

 

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