Femmes de la mer – Omaima AL-KHAMIS – 2021 – L’harmattan

Quatrième de couverture

Femmes de la mer relate l’histoire d’une vénérable famille de commerçants à Riyad durant l’énorme transformation engendrée par le boom pétrolier entre 1955 et 1990 qui a affecté la structure sociale du pays et de sa population. L’intrigue tourne autour de trois femmes arrivées du Levant en plein cœur de la péninsule Arabique, en tant que concubines, épouses ou enseignantes, et de leur lien particulier avec cet environnement plus restrictif et conservateur, dans lequel elles doivent lutter pour trouver leur place.

Mon Avis

En tant qu’ancienne soignante, je peux affirmer une chose, sans me tromper: quand un humain fait face à sa propre fin, très souvent, il se retourne sur son passé. Sans filtres. Il se remémore les bons moments, ainsi que les mauvais, en formulant, parfois, des regrets. Puis, il fait face au présent, avec un regard lucide. Bahija, loin de son Liban natal, est hospitalisée aux États-Unis. Elle a un cancer du sein. Elle a été une concubine, très aimée, d’un homme riche. C’était l’époque qui précédait le boom pétrolier de l’Arabie Saoudite. Une époque où les harem faisaient partie de la norme sociale. Une époque où les femmes y entraient en tant que servantes ou concubines et, rarement, pour un métier autre que servantes.

Des tranches de vies se déroulent, à travers trois femmes libanaises, dans un pays à des années-lumière de ce que nous connaissons aujourd’hui. La vie au harem se passe dans une prison de luxe où différentes femmes, de diverses origines, se côtoient, se parlent, se haïssent, naturellement. Bahija nous explique les règles du harem, les différentes inégalités sociales, maritales, sociétales, qui y règnent. Sans oublier les règles strictes de vie commune, entre les hommes et les femmes. Ces dernières sont reléguées au rôle d’épouse, d’amante, de mère. Les filles, dès leur plus jeune âge, apprennent à réfréner leur personnalité, leurs désirs, leurs rêves et à devenir l’ombre d’elles-mêmes. Trois levantines vont y apporter une touche de leur Liban natal.

À travers ce récit, L’Arabie Saoudite éclot, comme une chrysalide se transformant en papillon. La modernité pointe le bout du nez, même si, pour les hommes du désert, ce n’est pas vu d’un bon œil. Mais l’avancée est inexorable. Dans ses souvenirs, Bahija dépeint les femmes qu’elle a côtoyées au harem. Des femmes qui venaient de différents horizons et dont les personnalités tues, explosaient, en privé. Dans le secret de leur maison. De leur chambre. L’évolution du statut de la femme se fait, très lentement, en Arabie Saoudite. Le souffle du changement était, déjà, en train de germer dans l’esprit de ces femmes qui s’ennuient dans leur palais. Leur regard, pour la plupart, est d’une franchise sans faille. Bahija a compris les souffrances silencieuses de ces femmes. Des souffrances qu’elles dissimulent derrière un mur de méchanceté, d’ironie et d’aigreur. La page se tourne, lentement, vers la modernité qu’elle verra peut-être arriver, elle, la levantine, la femme de la mer.

 

9782343197821   L’harmattan    240 p.    20€

Laisser un commentaire