Quatrième de couverture
« Parce que rien n’a changé ». C’est à partir de cette phrase prononcée par son père, Macédonien de Grèce, comme seule explication à sa rupture sans appel avec son pays natal, la Grèce, et une partie de sa famille que Martine Vantses s’est interrogée sur la façon dont les exils et les fracas de l’histoire impriment les destins individuels et collectifs. Sa propre expérience ainsi que celle des Macédoniens de Grèce de la région de Florina illustrent son propos sur les silences, les exils intérieurs, les hontes mais aussi les regains d’énergie caractéristiques des oubliés de l’Histoire.
Mon Avis

La vie est une quête permanente. Une quête qui permet à l’humain de se construire. D’avancer dans la vie. D’apprendre de ses erreurs. L’auteure nous entraine dans sa propre quête, à travers des silences, des souffrances, des non-dits transgénérationnels. De tout cela, elle a hérité, sans comprendre ce qu’éprouvait son père, enfermé dans des silences, des demi-réponses, des fuites physiques et verbales. Que cachait-il? Pourquoi ne répondait-il pas aux questions que lui posait sa fille? Pourquoi ces mots laconiques, ce refus de renouer avec sa famille restée en Grèce? Plutôt, dans son village natal? L’auteure veut des réponses. Il lui faut retrouver la Grèce de son père: la Grèce macédonienne, L’histoire d’un bout de ce pays.
C’est tout un pan de l’histoire de la Grèce du nord que le lecteur découvre. L’auteure raconte l’histoire de sa famille qui est en lien avec une grande partie de l’histoire de ce pays. Une histoire censurée. Tue. Celle de grecs macédoniens. Avec l’aide de certains membres de sa famille paternelle, de certains résidents de l’ancien village paternel, qu’elle va nous inviter à remonter le cours de l’histoire. Une quête méticuleuse, faite d’émotions, de pudeur, de peur, de silences lourds de secrets, de honte. Honte d’avoir des origines macédoniennes et de ne pas être considérés des citoyens grecs. C’est l’histoire touchante d’un peuple qui n’a pas le droit de parler de son passé. La censure est passée par là. La peur des sanctions, aussi. Ainsi que le disait si bien son père, malheureusement « rien n’a changé ».
La Macédoine faisait partie de l’ancienne Yougoslavie et s’en est émancipée dans les années 90. De nombreux citoyens vivaient en Grèce. Cependant, ils y étaient et sont, encore, considérés comme des sous citoyens. Des citoyens de seconde zone, selon les mots de Buchi Emecheta, écrivaine nigériane. C’est de cela que nous parle l’auteure. Elle retourne sur les pas paternels, un père qui s’est installé et marié en France, pour mieux comprendre le douloureux silence de ce dernier. Il lui fallait savoir. Il lui fallait comprendre le poids de ces non-dits qui le minaient de l’intérieur. Il a fallu à l’auteure beaucoup de courage, de patience, de force, pour remonter l’arbre généalogique familial. Pour recueillir, mine de rien, des renseignements. Pour ouvrir cette lourde porte du passé et se glisser dans le jardin secret paternel.
9782336353364 L’harmattan Coll. Là-Bas 156 p. 17€

