
Quatrième de couverture
Quand les rues de Venise dévoilent leurs secrets, et que sur les eaux d’orage se reflètent les jupons des « petites filles » pas sages… Femmes enfants, un sucre d’orge dans le cœur, elles s’en vont se faire retrousser dans les palais en ruines. Et nourrir les ogres de quelques rats qui se sont échappés de leurs nuits les plus chaudes. Parfois, à l’ombre de Barbe Bleue, elles savourent avec délice les interdits de la vie et s’en servent pour coudre leurs fantasmes. Au détour des ruelles les plus sombres, on peut encore les rencontrer aujourd’hui. Si elles vous sourient, méfiez-vous ! Surtout ne les suivez pas… Elles ne sont que fantômes aux yeux de chats et aux mains de porcelaine. Parfois, elles se glissent dans le corps des poupées cassées et se cachent sous vos draps. Parce qu’à Venise tout est sorcellerie…
Mon Avis
Venise… Un nom qui fait rêver. Une ville où tous les amoureux aiment se promener, se laissant happer par le coucher du soleil, l’ambiance surannée du quotidien. Venise… Bon, arrêtons de rêver. Parlons, plutôt, de Venise. L’autre Venise. La face cachée de cette ville où luxure et sang se côtoient, se prennent par la main, en ricanant, et toisent, sans pudeur, les acteurs de ce théâtre humain. Cependant, ne reste t-elle pas toujours la ville des amoureux? Plus ou moins loufoques. Plus ou moins nostalgiques. Entrer dans les tréfonds de cette ville, c’est comme aller à la rencontre d’une vieille fille dont le corps tombe en décrépitude sous des vêtements luxueux des derniers créateurs en vogue. Repoussante. Attirante. Agaçante.
L’auteure nous entraine dans un monde où les personnages sont hauts en couleur. Rêveurs. Ils font, parfois, peur. Tout cela avec prestance. La prestance des vieux beaux italiens. « Cette ville est celle des masques et des illusions » dit l’un des mystérieux personnages. Ce qui résume bien ce recueil de nouvelles. Tout devient lugubre, envoûtant, mystérieux. Même dans les plus sombres histoires, l’amour se révèle. Enigmatique. Théâtral. Dans ce recueil, l’amour frise la folie. Le lecteur s’y perd avec bonheur. L’auteure raconte de petites histoires de grands enfants qui s’amusent à se faire peur, et rient de la folie vénitienne. Est-ce une manière de repousser la folie, le mystère intriguant de Venise?
Les personnages de ces nouvelles sont des passionnés de littérature et de cinéma, en lien avec la cité des amoureux. L’auteure nous emporte entre fiction, fantastique, horreur et thriller policier, dans les bas-fonds de la ville qui fait rêver. Sauf que, cette fois, elle fait plutôt cauchemarder. « Venise est une diva aux bijoux anciens, qui se noie doucement« . Une partie de sa population lui ressemble. Ce qui est merveilleusement effrayant. Les dialogues sont surréalistes, tels ces personnages qui semblent sortis de « Alice au pays des merveilles » à la mode vénitienne, où tout le monde porte un masque et ne se dévoile que face à la mort. A Ubu. Ce recueil se déguste par une nuit sans lune, près d’une cheminée éteinte. A la lueur des bougies. Comme Venise dans ses mauvais jours.
9782915635850 Tabou Ed. Coll. Vertiges 160 p. 9€

