
Quatrième de couverture
1994. Désiré, atteint d’albinisme, vient tout juste de perdre sa mère adoptive alors même qu’il suit depuis Bruxelles le récit du génocide qui plonge le Rwanda dans l’horreur. Désiré n’a plus qu’une idée : revoir Butare, la ville rwandaise où il est né, à la recherche de ses origines. 1953. Hélène quitte la Belgique pour Astrida, deuxième ville du Rwanda alors sous colonisation belge. Sa rencontre avec Tuyi, un jeune Rwandais, va bouleverser ses préjugés. Pendant sept années, Hélène va se confronter aux enjeux d’un pays en pleine mutation : du jubilé d’un roi glorieux à la révolution de 1959, elle questionne malgré elle les intérêts de chacun dans l’évolution du pays. Au travers des récits croisés de Désiré et d’Hélène, le livre questionne les rapports entre Hutus et Tutsis, mais aussi les relations entre Européens et Africains pendant la colonisation. Abordant ségrégation et métissages, Laura Kottos nous livre le récit d’une période charnière du Rwanda.
Mon Avis
Dans la Belgique d’après-guerre, deux âmes se rencontrent. Leur point commun? Leur solitude et le regard froid qu’ils posent sur leur vie. Pierre vit et travaille au Rwanda. Hélène est à Tournai auprès de sa mère. Un mariage hâtif et c’est le départ pour le Rwanda. Hélène aura le dépaysement dont elle rêve. Aimera-t-elle ce pays? Quelle vie y mènera t elle? Ses attentes ne risquent-elles pas d’être détruites par la réalité du terrain? Par le choc culturel? Peu importe. Hélène rêve d’un ailleurs différent du climat, délétère qui sévit chez elle. Le Rwanda lui ouvre les bras. Elle observe, d’un oeil froid, les deux mondes qui vivent séparés: les colons, les autochtones. Ils se côtoient peu, voire rarement.
Nous découvrons la vie des Belges sur le continent africain. Nous découvrons, aussi, la ségrégation coloniale. Ainsi que les idées, erronées et paternaliste. La division sociale, basée sur la couleur de peau et le niveau de « civilisation » des autochtones. Ce roman me fait penser à une vie de boy de Ferdinand Oyono. Un roman où un jeune Africain décrit, de l’Intérieur, la vie du colon qui se délite tout au long du séjour de ce dernier. Au Rwanda, le prix à payer est le même pour les colons. La plume de l’auteur nous embarque dans cette vie ennuyeuse ou les journées se ressemblent. Tout se passe entre cocktails, dîners, église, dans un cercle très fermé. Hélène découvre ce monde avec stupeur. La description des quartiers autochtones est si réelle que le lecteur s’y immerge sans problème.
C’est un portrait de la vie sous la colonisation que nous fait l’auteur. Un échantillon de l’esprit paternaliste, voire raciste. Le tableau qu’il dresse pourrait expliquer certains comportements actuels. C’est une vie dont Hélène ne comprend pas les codes, voire les rejette. Les surprises font partie de la vie, surtout dans la société des colons. Cela rend la vie moins routinière. Qu’en pense Hélène? La réalité va dépasser la fiction. Le lecteur se passionne pour tous événements au sein de ce microcosme. Il découvre certaines idées qui sont des coups de génie. Il applaudit à deux mains. C’est l’exposition, ou plutôt les limites de la suffisance humaine. Du pur bonheur.
9782336535272 L’harmattan Coll. Rue des Ecoles 212 p. 20€

