Les mille veuves – Damien MURITH – 2022 – Ed. d’en bas

Quatrième de couverture

Les mille veuves plonge le lecteur avec poésie et dureté dans le quotidien des femmes de pêcheurs, plus particulièrement celui de Mathilde, dévastée à chaque départ de son mari qui, lui, ne peut se passer de la mer. Doté d’une très belle écriture, ce récit dramatique, inscrit dans la lignée de La lune assassinée (qui mettait en lumière la vie rurale), ne laisse pas de marbre. On navigue dans une ambiance sombre emplie de remous. Car une ombre plane sur ce petit monde, qui ne peu qu’attendre le drame… Assises devant les maisons, les femmes racommodent les mailles déchirées des filets. Leurs doigts sont gercés ; par habitude ils ne saignent plus.

Chronique

Ce titre. Oh, ce titre. Il m’a interpelée. Il a attisé ma curiosité. M’a hurlé « Pourquoi pas 10 ou 100? Mais 1000? ». J’ai trouvé que c’était vrai. Pourquoi ce chiffre? Surtout, pourquoi des veuves et non des femmes, tout simplement? Un monde énigmatique qui tente, par tous les moyens, à lever un coin du mystère. C’est un peu, une invitation à suivre, à écouter les mots et à me faire une idée de leur récits. Ces mots racontent un monde. Des hommes, des femmes, des destins. Avec un seul lien: la mer et son immensité.

La vie est réglée par les humeurs de la mer capricieuse. Cet être jaloux qui vole aux femmes leur amoureux. Ces derniers se laissent porter au creux des vagues enivrantes et bercer par le vent jusqu’au repos éternel. Mathilde aime son homme, Gilles, qui sent bon le sel marin et les algues. Un homme qui se laisse porter par l’appel de l’océan. Comme toutes les femmes, elle le voit prendre la mer, la peur au ventre et avec un arrière-goût d’un départ sans retour. Son amour insuffle la vie à son marin et ses bras lui rappellent le bonheur qui l’attend à quai. Qui l’attendra éternellement. n’entend t-il pas ses silencieuses larmes nocturnes? Ne se rend t-il pas compte de ce voile qui se pose, chaque jour, un peu plus sur son regard étincelant?

La plume poétique de l’auteur nous emmène dans un monde de femmes et d’hommes vrais. Des hommes et des femmes qui lisent l’avenir sur la mousse qui embrasse les vagues. Leur cœur bat au rythme des retours au port des bateaux. C’est un monde que l’on découvre sur la pointe des pieds, que l’on épie de loin. Cet écrit nous tient en haleine sur les destins de ces gens de la mer. C’est une lecture qui nous enlève, nous emporte, avec plaisir, dans les humeurs du monstre sans cœur qu’est l’océan. De son rôle dans le quotidien de ces femmes d’une forte faiblesse. Tout est dans la poésie des mots qui peuvent briser une âme.

Note 18/20

9782829006432    Editions d’En Bas    88 p.    9€

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