Soupirs – Isabelle TAILLANDIER – 2017 – La Reine Blanche Ed.

Quatrième de couverture

Soupirs est un recueil de treize textes qui mettent le doigt sur le moment décisif où un être arrive au point de parfaite compréhension et d’acceptation de son destin, puis présentent l’ouverture éventuelle qui en découle. Une première partie présente cinq textes dont le point commun est d’évoquer des personnages mythiques (Jézabel, Cassandre) et des personnes réelles (Abd al-Rahman 1er, Aliénor d’Aquitaine, le père de l’auteur). Un intermède propose deux courtes réflexions : la première décline de façon très libre plusieurs définitions du mot soupir sous la forme d’un article de dictionnaire ; la seconde développe le thème de la relation père-fils. Une seconde partie propose cinq textes qui parlent d’amour : manque, lutte, accomplissement, illusion, désillusion, détachement. L’ensemble de ces textes relèvent le défi de textes courts, cette brièveté permettant une approche poétique de la prose.

Chronique

Soupirs est un mot qui représente la tendresse, le vague à l’âme, l’amour. Mais, aussi, les regrets, la tristesse, les larmes avalées. C’est un mot qui renferme tant d’émotions qu’il représente la tragédie d’une vie, une immense douleur enfouie au plus profond d’un cœur. Une nostalgie d’un instant qui ne sera plus jamais. Les puissants l’ont exprimé dans la plus profonde intimité car signe de faiblesse, de doute, de fatigue, de larmes refoulées. Quand on est un puissant, face au monde, ce sentiment n’existe pas car il fait trembler les mains de la justice et balbutier les ordres, bégayer les voix. C’est un sentiment honni des puissants, mais berce leur souffrance.

Peu importe la nouvelle. L’histoire, les humains semblent éprouver le regret d’un monde qui fut et ne sera plus jamais. Une histoire qui ne se termine pas forcément comme ils l’auraient souhaité. Que de tristesse. Que de douleurs, de regrets secrets qui rongent l’âme et le cœur. Ils s’appesantissent sur la langue et la conscience. Cependant, ils s’accordent à accepter leur destin. Certains récits sont accompagnés de superbes illustrations colorées. Malheureusement, elles sont peu nombreuses. Ces nouvelles traversent l’histoire de l’Europe, du Monde Arabe, avec pour point commun cette capacité à accepter le destin qui est le leur, avec beaucoup de rancœur. Avec, parfois, un esprit de revanche larvé  au fond du cœur. Le rapport à l’autre est presqu’illusoire. 

L’auteur nous présente des nouvelles qui racontent l’histoire des puissants d’une partie du Monde. Des histoires telles que la fuite d’Aliénor d’Aquitaine. Elles nous narrent différents soupirs, dans les camps de guerre, dans les palais, dans les luttes pour survivre, pour un destin qui est accepté, par obligation. La seconde partie nous fait voyager dans un pays germanique à la France, en passant par l’Espagne. Contrairement à la première partie, il semble y avoir une connivence un peu désespérée entre les acteurs, entre les personnages. L’ensemble de l’ouvrage parle d’amour plus ou moins assumé. Des amours fortuites. Des amours qui se vivent avec un brin de tristesse, de remords, de folie. C’est un recueil qui se déguste et qui est d’une grande beauté.

Note 18/20

9782955891018    Ed.  de la Reine Blanche    143 p.    12,50€

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