Quatrième de couverture
Larissa et Lucie, roman inédit de Pierre Maurel-Dupeyré, Créole blanc né à la Guadeloupe, trace l’histoire de la société coloniale et des rapports entre gens des différentes « races » qui la composent. Signant en 1846 un portrait fictif, mais réaliste et multidimensionnel, de l’île de Cuba avec sa géographie physique et humaine, l’auteur cherche à souligner le danger des liaisons entre des hommes blancs et des métisses et les conséquences des rapports avec ces femmes pour leurs familles. Puis, à la veille de sa mort, en 1893, Maurel-Dupeyré reprend un épisode clé de son roman « cubain » pour en faire le point de départ d’une nouvelle dont l’action se passe à Paris au milieu du 19e siècle. Ce réemploi de son matériau colonial mènera à un dénouement tout aussi dévastateur, mais fascinant pour ceux qui s’intéressent à l’histoire hybride de la littérature française et francophone.
Mon Avis
Une île : Cuba. Une période : l’esclavage. Une histoire créole. C’est de ce dont nous parle l’auteur. Peu importe l’île et l’origine des planteurs, les histoires d’habitation se ressemblent. À quelques petits détails près. La place sociale est faite en fonction de la couleur de la peau. Les Blancs règnent en maître. Les Noirs sont au plus bas de l’échelle sociale. Entre les deux, les Métis se déclinent en degrés et en origine de métissage, surtout à Cuba. Un Métis Noir et Blanc est supérieur à un « Zambo » qui est un Métis Noir et Indien. C’est le cas de Larissa et de Léo. Une beauté métisse dont Léo le Zambo, est fou amoureux. Il n’est pas sûr que la réciproque soit vraie. Larissa faisait tourner toutes les têtes masculines de la ville. Mais, un seul avait pris place dans son cœur. La vie est un long feuilleton. Celui de Larissa venait de commencer.
Ce que j’ai aimé, c’est que la traductrice a gardé le vocabulaire d’origine. Même s’il n’est pas politiquement correct de nos jours. Larissa ne peut pas épouser un planteur blanc. Telle est la stricte règle sociale. Mais, l’amour ne peut-il pas pousser à faire des folies? Quel homme, aussi respectable soit-il, peut aller contre les règles établies? Les histoires d’amour, à l’ère de l’esclavage, sont toujours des choix cartésiens pour les Maîtres. L’auteur décrit bien cette atmosphère. Ces curiosités malsaines. Cette société où l’amour ne peut être vécu dans l’intimité. Tout geste est épié. Commenté. Décortiqué. Qui sont ces deux femmes dont parle l’auteur? Larissa et Lucie se connaissent-elles? Qu’ont-elles en commun?
La seconde partie de ce roman « le collier de perles » permet à l’auteur de nous offrir une autre version d’une partie de l’histoire de Larissa et de Lucie. Une version qui nous porte vers une société dont les codes sont loin de ceux de l’île de Cuba. Comme dans la première partie, la souffrance, le douloureux amour, les peurs, son présents mais ont des origines différentes. Ainsi qu’un dénouement plus profondément dur. Ernest et Lucie y sont les héros. Quel y est le rôle de Larissa? Est-ce la vraie histoire de ces trois personnes? Les histoires d’amour sont douloureusement passionnées. Les codes sociaux sont des pièges où se perdent des hommes dont le sens de l’honneur est, malheureusement, démesuré. Quelle vie trépidante ! Une vie où le bonheur est en danger. Un roman d’une grande beauté.
9782336560168 L’harmattan Coll. Autrement Mêmes 240 p. 22€

