Voyage au bout du Monde – CHANG Seon – 2006 – L’harmattan

Quatrième de couverture

Jeong-won, aînée de six filles, souffre depuis sa naissance de l’amertume d’un père général qui perçoit ces naissances répétées comme une malédiction. Durant son mariage avec un homme qui se révèle ultra-conformiste, elle subit les insultes de son beau-père, qui ne supporte pas d’avoir une intellectuelle comme belle-fille. Elle décide de reprendre ses études et obtient une bourse qui l’amène en France. Loin de son enfant, sa vie chancelle, mais une rencontre l’aidera à se séparer définitivement de son mari; ainsi elle quitte fils, situation et pays… Ce voyage au bout du monde est celui d’une femme qui se libère de l’emprise d’une société patriarcale.

Mon avis

Atteints de mal-être, des gens errent dans la vie. Ils vont à la recherche d’un pansement qui ne vient pas. D’un bien-être brisé par le destin. De quelque chose qu’ils ne peuvent nommer. Jeong-Won est de celles-là. Elle va par ci, par là, telle une coquille vide ballotée par la mer, par les vagues. Elle va à la recherche d’elle-même. Pourtant, elle a une vie bien remplie. C’est une manifestante connue dans tout le pays: elle est la présidente des étudiantes de son université. Malgré cela, elle se sent vide. Son mariage avec Gui-Seok lui permettra t-il de retrouver son âme? Cet homme, socialement inférieur à elle, est-il digne de la fille d’un Colonel? En attendant, elle voyage dans sa tête et dans son cœur. Son mutisme est le produit de son désespoir. De son errance. Comment combler ce vide qui l’oppresse? 

C’est un voyage original que nous offre l’auteur. Son héroïne, Jeong-Won, est perdue. Selon la tradition coréenne, elle n’exprime pas son désespoir. C’est le silence, encore et toujours. Les mots sont ceux d’une quête. Ceux d’une errance physique et psychologique. Ils sont ceux de l’émotion. Du doute. De la perte de repères. Du voyage, qui, peut être, comblera un vide interne abyssal. Cette femme, ballottée par sa quête de soi, n’a qu’une ancre, une bouée de sauvetage, dans cette mer malmenée par son mal-être: son fils Jin, qui est tout son contraire. Que s’est-il passé pour que Jeong-Won s’en aille loin de ses ennemis? Peu importe où elle va, elle y emmène sa désespérance.

Une femme silencieuse. Par habitude. Par tradition. Par perte de goût de vivre. Où peut-elle trouver du répit? Qu’est-ce qui pourrait bien arrêter sa fuite en avant? Un inconnu? Un voyage? Un abandon? Sa vie réelle télescope son imagination sans fin. Sa profonde désespérance. Peut-être réfléchit-elle trop au sens de la vie, au point de ne pas y goûter. De ne pas l’apprécier. De ne pouvoir entamer une résilience. De ne pas vivre, tout simplement. Peut-être qu’ailleurs… Là où la souffrance mutique n’est pas si profonde. Là où une âme en peine peut trouver un signe qui lui permettrait d’enterrer son désespoir. Pour regarder la vie telle qu’elle est réellement. Peut être dans un petit coin au bout du monde… Qui sait ? 

 

9782747596916   L’harmattan Coll. Lettres Coréennes   208 p.   19€

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